__Nous sommes Jeudi matin. Il pleut encore & toujours. Je me suis réveillée d'une nuit agitée, une nuit à courir après le sommeil, après le soleil, pour que le temps passe plus vite, pour que le temps soit moins triste. L'orage m'effraie, il m'empêche de rêver. Sur mon oreiller, j'aperçois du sang. Je porte une main à mon visage et je me rends compte que j'ai encore saigné du nez. Je m'empresse de nettoyer tout ça, réfléchis un moment... Non, je n'irai pas en info' ce matin. Je me recouche après avoir envoyé un texto à L. pour lui dire que je ne viendrai qu'à dix heures. Je tente de me rendormir mais ce fichu marchand de sable a visiblement fini sa tournée... J'allume la télé, c'est "Charlotte aux fraises" sur Arte. Je me lève, décide de prendre une douche bien chaude car il fait froid hors du lit. La chaleur de ma peau ne me permet pas de sentir l'eau couler.La vapeur me fait pleurer. Larme par larme, j'ai l'impression que mon coeur va exploser, je pense trop & à trop de choses. Je pense à lui, à eux, à tous les garçons qui m'ont fait du mal. Je pense à maman qui ne cesse de me manquer, à papa qui ne fait que m'agacer. Je pense à ces deux heures de cours magistraux que je viens de sécher et à mes nouvelles amies. Mais c'est à lui que je pense le plus: "Je t'aime. Je t'ai toujours aimé et je t'aimerai toujours. Mais les choses changent, et les sentiments font partie des choses de la vie. Ils évoluent. C'est vrai, je ne t'aime plus comme avant. Je t'aime sans aime. Je t'ai, je t'aurai toujours dans la peau. De toute façon, je ne suis rien sans toi." Je suis en retard. J'attrape mon téléphone, mon sac marine, mon gloss à la cerise. Aucun nouveau message. J'enfile mes talons (mauvaise idée) en filant mes collants. Je cours après le bus (pour changer), je l'ai de justesse. Ne regarde à nouveau mon téléphone. Rien. Je pleure, il pleut. Je détourne le regard vers la fenêtre et vois tous ces hommes qui travaillent, peu importe le temps & l'envie. Ils me font penser aux soldats de la première guerre mondiale, enfouis dans leurs tranchées boueuses. C'est idiot mais, d'un côté, je les admire. Et puis c'est grâce à eux que nous aurons bientôt le Tramway. Je pense encore & toujours. J'ai la tête ailleurs. Je descends du bus, jette un rapide coup d'oeil à mon portable.Toujours pas de message. "Il m'agace!" Ca y est, le moment est venu de le détester. Je pense que je ne tiendrai pas dans ces conditions. Je veux dire, si mon coeur ne sait plus où il en est: Si Lundi je l'aime, Mardi je ne l'aime plus, Mercredi je l'aime, Jeudi je ne l'aime plus et ainsi de suite jusqu'à Dimanche. Pauvre petite poupée au coeur brisé.